Les âmes de la maison s’emparent de l’enfant dont l’angoisse monte. Broché . Le titre du recueil, Dans le leurre des mots, fait écho au titre d’un recueil antérieur : Dans le leurre du seuil (Mercure de France, 1975). Auréolé de lumière, de rire et d’espièglerie, l’enfant, inconscient des dangers et de la mort, est porteur d’espérance d’un monde nouveau. Par cette référence au poète italien Torquato Tasso* et au chant XVI de La Jérusalem libérée, Yves Bonnefoy tente d’exprimer une double défiance : celle qu’il éprouve envers les leurres du monde imaginaire et celle qu’il éprouve à l’égard de la poésie dont les leurres peuvent induire la raison en erreur : « La chimère qui leurre autant la raison que le rêve Â». Un titre énigmatique Mais ces images sont des images d’avant le langage. Et si la mort est présente, « en avant Â», elle est, pour le moment encore, perdue dans un hypothétique conditionnel : « ce serait bien la mort Â». J’entendais presque les rumeurs de l’autre rive, Mais peut-être faut-il voir, au-delà de cette interprétation purement affective et relationnelle, une interprétation qui concernerait le langage. 4. Assez proche du poème XI par sa structure - une strophe de sept vers, une strophe de douze vers (à quoi viennent se rajouter cinq vers conclusifs) -, ce poème final est très différent du poème précédent sur le plan thématique. Le seuil, lieu d’hésitation entre les mondes - extérieur/intérieur; rêve/éveil - est le lieu de passage où tout peut advenir. Avec le sixième poème s’amorce un changement. Essais sur le sens des traditions corses, éditions Alain Piazzola, 2004. Le seul monde qui lui soit connu et familier, c’est le monde des morts. LES PLANCHES COURBES Aux côtés de poètes comme Dominique Fourcade ou Jacques Roubaud, Bonnefoy pourrait sembler en retrait. [1] He also published a number of translations, most notably the plays of William Shakespeare which are considered among the best in French. Parvenu « Ã€ ce passage-là Â», le poète ne peut que rendre hommage à celui qu’il a « aperçu de loin Â». 2. Mais il introduit aussitôt une variante fondée sur l’opposition « mais c’était en voyage Â». « Partout en nous rien que l’humble mensonge Elles « chantent des chansons Â». Il sait où trouver le passeur. Dès lors, la question qui se pose est de savoir comment dépasser le « leurre Â» ? Sur le seuil C’est le temps immobile de l’été ajouté à celui des dimanches. Il n’est pas étonnant alors qu’il se perçoive comme tellement différent des « autres Â», « Ã  jamais les autres Â», avec leurs « rires Â» et leurs « jeux Â», « leur joie Â», tout à leur insouciance « dans l’herbe haute Â». Afin peut-être qu’il ouvre les yeux sur ses erreurs, sur ses errements. Le geste de l’enfant est calculé mais son attente va bien au-delà de la simple partie de cartes. 3. Je tournais la poignée, qui résistait, Lisez ce Littérature Commentaire de texte et plus de 246 000 autres dissertation. » Avec son hors temps, sa mouvance, « son écume Â», « son rivage Â». La réalité qui est la leur. Comment, dans Les Planches courbes, passe-t-on d’un recueil poétique à l’autre, d’une laisse à l’autre, d’un seuil à un autre ? Le bonheur de ces jours heureux de plénitude et d’adéquation au monde s’accompagne aussi de la capacité du poète à goûter « la majesté des choses simples Â», « les tuiles chaudes Â» et « la montagne autour de nous. Ce sont des femmes. Le poème se clôt sur l’image fondatrice de la poésie. Pourtant le poète continue de les explorer et de les préférer aux rives du réel. » Qui est-elle ? : Â« Ici, le temps se creuse Â», puis s’accélère, véhiculant d’autres images ; « et c’est déjà/L’eau éternelle à bouger dans l’écume. Une scène de conte 10. Gestes d’affection, de protection, de consolidation d’un lien charnel: « Il a repris dans sa main la petite jambe Â». Achat Yves Bonnefoy - Poèmes Commentés à prix bas sur Rakuten. Celui-ci propose un compromis à Cérès : Perséphone restera six mois de l’année aux Enfers avec son époux. LA MAISON NATALE Au spectacle visuel se substitue, dès le quatrième vers, un spectacle sonore, confus lui aussi. Et si le spectacle semble davantage être celui d’une fête qu’un spectacle funèbre, c’est que la poésie a le pouvoir de transfigurer la mort elle-même « en son lieu de naissance Â». Quelque chose fait obstacle à « la sans-visage Â», qui ne parvient pas à rejoindre le monde des vivants. Arche de Noé sans vie, la maison natale semble appartenir aux temps bibliques. » Trop nombreuses aussi. Gestes gauches du cœur sur le corps retrouvé, Et sur lequel tu meurs, absolue vérité. Mais je ne suis que le passeur ! Quelques éléments récurrents, disséminés d’un poème à l’autre, suffisent pour donner du père l’image d’un homme fatigué, tôt vieilli, usé par le travail et par les déceptions. Dans ce rêve, comme dans les précédents, le passé se dérobe, les souvenirs sont des leurres. Mais elles sont confuses, enchevêtrées, insaisissables. Il s'installe à Paris en 1944. Elle a à voir avec l’exil et la douleur. Dans cet espace clos dans lequel il est immobile, l’enfant, observateur silencieux, est en état de veille : « Je ne dormais pas Â». L’impossible oubli Toutes les références renvoient à l'édition suivante : Yves Bonnefoy, Les Planches courbes, édition Mercure de France, 2001, Paris. Trois recueils forment à eux seuls un tout. Ce souvenir, d’une très grande intensité émotionnelle, continue d’habiter le poète. De rage, elle métamorphose l’enfant en stellion (en grec, ascalabos veut dire "lézard moucheté", "gecko" ou "stellion"). « Quant à moi/ j’errais avec quelques-uns de ma classe, au début de l’après-midi… Â» Il dit ce qu’il ne dira pas, ce qu’il ne veut pas dire, ce que peut-être il ne peut parvenir à dire. La progression du rêve passe par le corps : « nos pieds nus Â», « nos pas Â», « nos chevilles Â». TEXTE 4 « Aux arbres » INTRODUCTION : En 1953, Yves Bonnefoy publie un recueil au titre énigmatique. Trois fois est répétée la subordonnée de but introduite par la locution « pour que Â» ; qui contient chaque fois un renversement, plus ou moins explicite, du négatif vers le positif : « pour que vieillir, ce soit renaître Â» ; « Pour que la maison s’ouvre, de l’intérieur Â» ; « Pour que ce ne soit pas que la mort qui pousse/Dehors celui qui demandait un lieu natal ? Cette voix unique, inscrite dans le corps, qui relie le poète au monde et à lui-même, seule capable d’abolir l’écart entre le mot et la chose, cette voix est noyée soudain par « le bruit de fond qui est dans la nuit Â». 4. Le retour d’Ulysse Ce qui se dit à travers ce poème, c’est sans doute le double visage du rêve. Dépossédé de tout, jusqu’à la notion même de père lui est inconnue : « Un père, dit-il, qu’est-ce que c’est ? La première partie du rêve se clôt sur l’expression d’un désir, fermement et clairement exprimé: « Je désire plus haute ou moins sombre rive Â». 3. Dans le leurre des mots Date de parution 19/03/2009 23.30 € TTC. L'odeur du sang sera ce bien que tu cherchais. • Leurre : Issu du francique (langue d’origine germanique) le mot « leurre Â» apparaît dès 1202 sous la forme « loire Â». Elle est placée sous le signe de la « lune » et de l’eau. « Réelle …la voix Â», « Réel, seul, le frémissement de la main… Â», « réelles, seules, ces barrières qu’on pousse dans la pénombre… Â». 2. Aucun détail ne lui échappe, ni « la dentelle/Des coussins de lainage bleu Â» du « compartiment Â», ni « le lacet de la foudre Â» qui déchire l’horizon. Comment faire pour que le langage devienne poésie ? 464 pages EAN 9782020992169. Ex : les laisses de la Chanson de Roland. 3. Des questions fusent, des réponses. « Je pourrais Â» (2 fois) ; « Je sais Â» (4 fois) ; « Je ne puis Â» ; « Je prends Â» ; « Je le fais Â» ; « Il me semble Â» ; « m’écrier Â» ; « m’empêcher Â». L’île, l’étoile, la barque, la rame, l’écume, la mer. L’enfant a conservé le rire qui le caractérisait : « Il sait encore rire. 2. Peut-être pour tenter d’établir un lien logique entre les deux moments du même récit de rêve. Par son ancrage dans la vie, il apaise les angoisses des hommes. L’enfant ne le dit pas. Le poème VIII de La Maison natale met en présence, face à face, « les parents Â». Le poète énumère les images porteuses de sens, « l’ancre  », « le bois Â», « l’étincelle Â», « la première parole Â», « le premier feu Â». Mais c’est aussi apercevoir pour la première fois. Diverses figures apparaissent alors, dont celle, essentielle, de Cérès. Seuil temporel aussi, le temps s’arrête et prend soudain une autre forme – peut-être celle de la vague ? Il redoute les excès des images du « dehors Â»: « Trop vastes les images, trop lumineuses. » Le mot « planches Â» évoque la matérialité d’« une pièce de bois plane, plus longue que large Â» (Robert de la Langue française). Constat très pessimiste d’une impossibilité. Le poème s’ouvre sur la formule rituelle « Je me souviens Â», celle-là même qui fait remonter le passé à la mémoire. Il serait tentant de placer le récit des Planches courbes dans une perspective chrétienne. Broché. « Je comprends maintenant que ce fût Cérès qui me parut Â». Assimilés à des matériaux composites trouvés sur le sol, mélange ruisselant de terre, de branchages et de feuilles abandonnés là par les eaux diluviennes antérieures, les souvenirs forment une « masse Â».Un magma originel qui gît « dans la boue Â». Dans un jeu de clairs-obscurs. Le rythme régulier est celui du décasyllabe. LA MAISON NATALE Coupée du langage du réel, la mythologie personnelle du poète s’avère impuissante une fois de plus à relier l’enfant au monde. notre ère – v. 17 apr. Poème de Yves Bonnefoy extrait du recueil Hier régnant désert ( 1958) Combien d'astres auront franchi La terre toujours niable, Mais toi tu as gardé claire Une antique liberté. Mais surtout par le déluge qui la pénètre. Au sens où il participe de l’essence même de la poésie. Image traditionnelle, colportée par les récits oraux - dit-on - des « jeunes et douces femmes Â», gardiennes du feu et de la civilisation (le cuit par opposition au cru), qui pourvoient à la cuisson des plats et veillent sur les marmites où mijotent les repas. Le décor de verre et d’eau de la « maison natale Â» est donc propice à l’apparition progressive d’une nouvelle figure médiatrice. » L’assonance en [u] imprime au poème sa note longue, son long hululement mélancolique. « Et par la grâce de ce songe que vit-il ? Le châtiment donné à l’enfant est à la hauteur de la blessure éprouvée par Cérès. L’impératif « Vois Â» est répété par cinq fois au cours de la laisse - dont trois anaphores. » Peut-être le passeur a-t-il peur de ne pas être à la hauteur des attentes de l’enfant ? Perméable au premier abord, le monde onirique permet la rencontre et la fusion des choses simples avec les données du rêve. Commenting on his work, Bonnefoy has said: One should not call oneself a poet. Les rainettes, le soir I Rauques étaient les voix Des rainettes le soir, Là où l’eau du bassin, coulant sans bruit, Brillait dans l’herbe. À la croisée des chemins « dans la nuit profonde Â», l’enfant fait le choix, lui, de la pitié pour celle dont il vient enfin de comprendre qui elle est et ce qu’elle veut lui transmettre. Le poète clôt cette étrange scène onirique par deux injonctions positives. Le mystère de son père, celui de sa jeunesse et de sa vie, lui échappe : « il regardait, où, quoi, je ne savais… Â» ; « Qui était-il, qui avait-il été dans la lumière,/Je ne le savais pas, je ne sais encore Â». Poème de Yves Bonnefoy extrait du recueil Hier régnant désert ( 1958) Combien d'astres auront franchi La terre toujours niable, Mais toi tu as gardé claire Une antique liberté. C’est la maison de Tours, celle qui s’oppose en tout point pour l’enfant à la maison des grands-parents maternels, la maison rêvée de Toirac.